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Mo Asumang tient-elle le remède au racisme?

par Axel Nodinot 29 Avril 2014, 23:33 Cinéma

Mo Asumang tient-elle le remède au racisme?
Mo Asumang tient-elle le remède au racisme?

Pour son nouveau film Les Aryens, Mo Asumang n'hésite pas à braver la haine blanche, celle qui sévit encore trop souvent, mais qui est pourtant assez méconnue, preuve en est de sa durée de vie déjà multiséculaire. En effet, les plus grands esprits de notre ère ont beaucoup aidé au recul du racisme dans le monde, mais ne sont pas pour autant parvenus à l'éradiquer complètement. Ainsi, le combat contre la xénophobie a été mené par le parcours politique de Nelson Mandela ou encore par la non-violence de Martin Luther King, en passant par l'indignation de Malcolm X.

Loin de ces extraordinaires leaders malgré ses bonnes intentions et méthodes, Mo Asumang est une actrice, mais surtout une animatrice et réalisatrice allemande et noire. Après un grand succès pour son premier film Roots Germania (2007), elle récidive de très belle manière avec Les Aryens, documentaire datant de cette année. Ce film touchant a pour but de mettre le doigt sur la stupidité des théories aryennes néo-nazies, et plus généralement sur les idéaux racistes de certains groupuscules allemands ou américains.

Mo Asumang aux côtés d'un leader nationaliste (et gravement raciste) américain.

Mo Asumang aux côtés d'un leader nationaliste (et gravement raciste) américain.

La première partie est effectivement consacrée à décrédibiliser les "Aryens", ou du moins ceux qui croient en être. Dans un excellent travail d'enquête et d'entretiens, la réalisatrice découvre en fait ces fameuses origines aryennes chez un peuple d'Iran, loin des clichés de la peau blanche, des cheveux blonds et des yeux bleus. Dans cette quête des origines aryennes, on a alors le déplaisir de découvrir des affirmations toutes plus folles les unes que les autres. Un écrivain et "penseur" allemand déclare ainsi que les nazis viennent de différentes planètes de l'univers, et qu'ils se cachent toujours "sur la face cachée de la Lune et de Mars".

Après ce démantèlement d'une philosophie fausse mais encore prônée par les futures élites allemandes, Mo Asumang généralise son enquête et s'attaque tout simplement au racisme, en se permettant même un détour par les Etats-Unis. C'est ici que le comportement face à la haine de la réalisatrice allemande nous étonne, nous enchante presque. Que ce soit devant un leader nationaliste US aux paroles abjectes, un membre du Ku-Klux Klan encapuchonné en pleine nuit, ou des imbéciles ne voulant même pas ouvrir la bouche devant une Noire, Mo Asumang ne s'énerve pas, non. Elle sourit, ironise, et utilise la simplicité et la logique, ce qui a le don de vraiment décontenancer ses partenaires d'entretien, à défaut de les énerver. Ainsi, quand l'inquiétant membre du KKK parle de Jésus comme d'une idole, et que la réalisatrice lui répond "Mais Jésus aime aussi les Noirs, n'est-ce pas?", s'ensuit un grand silence assez comique, l'homme ne sachant quoi répondre sous sa capuche ridicule. Même scène pendant une manifestation raciste allemande, où l'on ne sait pas s'il faut rire ou s'attrister de ces Blancs habillés tout en noir qui ne veulent pas dire un mot à une Noire, et qui préfèrent la regarder avec haine, la repousser avec une colère muette, alors qu'elle affiche un grand sourire en les ridiculisant.

Plus que ce ridicule décrit par l'ironie de Mo Asumang, celle-ci fait preuve d'une ouverture d'esprit incroyable et essaie réellement de comprendre les motivations xénophobes de ses interlocuteurs. Ce mode de travail met le doigt sur la théorie centrale du film, que la réalisatrice explique en interview: il s'agit de se rapprocher intimement de celui qui propage la haine, de le comprendre, pour mieux déconstruire ses idéaux. Selon elle, le fait de ne considérer les racistes que comme des personnes étant dans le faux n'amène à rien, étant donné qu'ils pensent la même chose de nous. Mo Asumang défend donc la thèse selon laquelle le contact humain aiderait à soigner du racisme. On peut d'ailleurs voir que cette théorie naît d'une découverte, d'une déception de la réalisatrice, quand elle observe que l'éducation n'aide pas nécessairement à éradiquer les idéaux racistes dans les groupes aryens allemands.

Chris.

Chris.

Cette théorie est même validée à la fin du film grâce à la rencontre avec Chris, un ancien recruteur néo-nazi qui voulait, il y a 6 mois, quitter ce monde de haine et de repli sur soi. On revoit alors, une demi-année plus tard, Chris en compagnie de Mo, comme deux vieux amis. Et la joie de la réalisatrice de découvrir un homme plus radieux, qui se dit lui-même "plus libre". L'une des dernières séquences est la réouverture du petit livre rempli de photos que Mo Asumang a avec elle depuis le début, où Chris découvre les visages colorés et les cheveux bruns des vrais Aryens d'Iran, et où le téléspectateur découvre avec stupeur que la grand-mère de la petite Noire était en fait chez les SS, et que c'est elle qui éleva Mo. Ceci est encore un exemple de l'ouverture que Madame Asumang prône envers les gens fermés, et qui est symbolisée par la dernière phrase du documentaire: "Pour lutter contre le racisme, il faut être prêt à s'engager corps et âme". Cette confidence, cette intimité à avoir envers les xénophobes serait-elle le remède le plus efficace pour soigner les maux du racisme?

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