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Vince Staples, sombre soleil de Californie

par Axel Nodinot 15 Octobre 2015, 09:26 Rap

Vince Staples, sombre soleil de Californie

"I'm the only conversation if you speakin' up in Long Beach"

Le soleil se lève à l'ouest

Staples le revendique, il est l'enfant de la célèbre Westcoast, de la "Deathrowesque" L.A., de Long Beach, quartier de la capitale californienne dignement représenté par Snoop Dogg.

Bercé par les habituelles violences des quartiers noirs américains, Ramona Park en l’occurrence, le jeune Vince sort très vite Shyne Coldchain, une mixtape d'à peine 1/2 heure, en 2011. C'est à cette époque qu'il est en contact avec le collectif de dingues, j'ai nommé Odd Future. Plusieurs feats avec Earl Sweatshirt témoignent assez bien de cette connexion.

Je passe sur Winter in Prague, une tape en commun avec un certain Michael Uzowuru, pour arriver directement au Stolen Youth EP, produit par l'éclectique Mac Miller. C'est à partir de ce projet que Vince Staples s'affirme, dans une ligne artistique inédite de laquelle on ne peut pas vraiment deviner d'influences. Sa voix aiguë et nasillarde s'allie à la perfection avec de bonnes grosses basses, surtout que le MC nous inonde de son impressionnante palette de flows.

Bien aidé par "Larry Fisherman", Vince livre quelques gros tracks comme Guns & Roses. De plus, il acquiert l'opportunité de travailler avec de plus ou moins grands noms du game (ScHoolboy Q et Ab-Soul notamment, pour ne citer que l'industrie TDE).

Il enchaîne en mars 2014 avec Shyne Coldchain II, et le talent du brillant gosse de LBC commence à impressionner, dès Progressive 3, mais surtout sur Nate, morceau qui ne représente paradoxalement pas l'état d'esprit artistique du bonhomme. Cependant, ce titre est énorme, je vous laisse donc apprécier le clip (qui est d'ailleurs le seul en couleur de Vince):

Briller depuis l'ombre

Le placide gamin de la Westcoast passe donc d'une enfance compliquée aux premières parties de l'Oxymoron Tour, la série de concerts suivant l'excellent album de ScHoolboy Q. Mais Vince passe aussi et surtout à l'EP qui va tout faire exploser, sa carrière comme les plus puissantes des basses californiennes.

C'est en août 2014 que le MC lance une bombe nommée Hell can wait. Ce projet est d'une lourdeur grave: de Fire à Feelin' the love en passant par 65 hunnid, Blue suede ou l'incroyable Hands up, aucune des 7 pistes n'est mauvaise, ni même moyenne.

L'auditeur se retrouve emporté en pleine jungle urbaine californienne, entre les gyrophares, les alarmes et autres sirènes. Et dans ce gros bordel oppressant, la voix d'un Vince Staples offensif et revendicateur (police, gangs...) apporte le dernier rayon à un EP brillant de folie.

Staples a désormais un nom aux Etats-Unis, porté par son flow linéaire et sa voix instantanément reconnaissable. Signé par Def Jam, l'artiste doit maintenant sortir un premier album, tout en gardant sa touche sombre et inquiétante. Le défi était de taille. Il est relevé, dépassé, explosé de toutes parts.

Summertime !

Vince Staples, sombre soleil de Californie

Petit flashback: nous sommes à l'été 2006, dans le quartier de Ramona Park à Long Beach. Vince comprend brutalement le "struggle", la situation inextricable dans laquelle les ghettos sombrent, même ensoleillés. En l'espace de quelques mois, nombreux sont ses proches qui tombent, au cimetière comme à la prison. Depuis, Vince a le sentiment, non, l'assurance que sa jeunesse fut volée.

Revenons au présent. 30 juin 2015. Summertime '06. Double-album de Staples. Folie pure.

Les basses sont plus lourdes que jamais. Les flows sont intestables. Le récit de la vie du rappeur nous prend aux tripes, et les sirènes, oppressantes comme hawaïennes, achèvent de nous emmener en plein coeur du zoo californien. Vince Staples frappe un grand coup dans le game, un projet noir agrémenté de phases ravageuses et d'une ambiance toujours plus angoissante et contestataire.

"NORTHSIDE LONG BEACH !"

Summertime '06 est malgré tout assez hétérogène, comportant des couplets chantés (Might be wrong, Lemme know feat. Jhené Aiko), des titres mélancoliques (Summertime, Like it is), une dinguerie de froideur et d'authenticité nommée C.N.B., mais surtout de bons gros sons au fond sombre et d'une réalité glaciale:

Birds & bees, Loca, Jump off the roof, Get paid, Street punks... Les portières de nos caisses tremblent et les bangers s'enchaînent dans les rues de L.B.C., menés par l'énorme single sorti en mai, Señorita (feat. Future au refrain):

Alors oui, l'artiste n'a pas l'accessibilité des Dre, Snoop, Xzibit, Game et autres Kendrick Lamar de la côte Ouest. Mais si vous êtes amateur(trice) de rap puissant aux lueurs de streetreality, vous adorerez Vince Staples, le sombre soleil brillant sur une cruelle Californie.

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